Mine d'Entrevernes


La Savoie,haut lieu de l'extraction minière

Le sous sol savoyard est riche de minéraux et minerais divers, exploités depuis l'Antquité. En effet, les Romains utilisaient déjà le fer mais aussi le cuivre de nos montagnes, en particulier de la région d'Aime. Plus près de nous, au moyen-âge, ont été recencés les lieux d'extraction suivant:
Servoz en Faucigny ( plomb argentifère)
Argentine ( argent comme le nom l'indique)
Pesey
Macot
Beaufort (cuivre)
Presles
Rochette
Cuvat (fer)
Saint Jorioz
Saint Georges d'Huretière
sans oublier le bitume, le soufre, la chaux ou encore le manganèse.
Au cours de la première moitié du 20ème siècle, de nombreuses mines étaient encore en activité, afin de nourrir l'essor industriel et de participer aux efforts de guerre.

La découverte de la mine d'Entrevernes

Excursion décrite dans un guide du début du 20ème siècle
 "Duingt et la combe d'Entrevernes: Prendre le chemin de fer ou le bateau jusqu'à Duingt. De là, se rendre à Entrevernes soit par la route carrossable qui suit le fond du vallon, soit par un sentier à piétons sur l'arète du Taillefer. D'Entrevernes, descendre par un pittoresque sentier....
Gagner Saury en passant à Marceau, au confluent du ruisseau de la mine et de la Bornette, prendre un chemin en lacets qui conduit à une mine de charbon, exploitée jusqu'à ces dernières années. En continuant, on peut aller par le col de la Frasse à Bellecombe en Bauges"
Un siècle et demi d'extraction
"Dans ces mêmes colonnes au cours de l'été, nous avons évoqué l'histoire des mines du Semnoz et autres, comme celles de Ferrières. Ce ne sont pas les seules mines qui furent exploitées dans la région. Témoins les mines de lignite dont voici résumée l'histoire grâce notamment à une communication devant l'académie florimontane (7 mai 1941), de M. Charles Devant,directeur général de la société des forces du Fier, communication reprise dans une publication de. 1944 "(imprimerie Dépollier).
Ecoutons M. Devant: " C'est donc en avril 1794 que fut découvert le premier affleurement de lignite. Un éboulement de terrain se produisit vers les granges du hameau des Moliéres et mit à découvert une masse noire qui, palpée par les paysans, leur parut être du charbon de terre.
Aussitôt ils en informèrent le notaire Dunand ancien châtelain de la paroisse de Lathuille. Celui?ci alerte les administrateurs du district d'Annecy qui firent commencer de suite les travaux d'exploitation pour alimenter une fabrique d'armes qu'on venait d'établir dans notre ville. Notons qu'à cette époque le charbon était inconnu à Annecy où tout le chauffage s'effectuait au bois et représentait une consommation d'environ 25 000 stères par an. En 1795 l'administration accordait une première concession à MM. Collomb et Ruphy d'Annecy, qui exploitèrent la mine jusqu' en 1812, pour alimenter des verreries, des fabriques de sulfate de cuivre et des fabriques de toiles indiennes qu'ils possédaient à Annecy. La mine comptait à cette époque 40 ouvriers et la production annuelle était de 500 tonnes. L'exploitation arrêtée pendant quelques années, fût reprise en 1819".
Exploitation souterraine
La Savoie passe sous domination piémontaise et en 1819 un billet de Victor Emmanuel 1 autorise la compagnie Duport, propriétaire de la fabrique de coton d'Annecy, à exploiter pendant 50 ans la partie centrale du gisement située de part et d'autre du ruisseau de Saury.
Comment s'effectuait l'exploitation?
" Elle se faisait par l'intermédiaire d'un puits creusé sur la rive gauche du ruisseau à quelques mètres de ce ruisseau, à ne profondeur de 55 mètres. Du pied de ce puits parlaient des veines vers le nord et vers le sud dont la longueur variait entre 500 et 1000 mètres, galeries qui étaient bien aérées par des puits verticaux ou obliques "
La lignite sortant de la mine était transportée jusqu'au lac par un petit chemin de montagne qui aboutit au hameau de Saury. Le combustible était ensuite acheminé, dans les années 1860, par bateau à voile jusqu'à Annecy. A cette époque une cinquantaine d' ouvriers travaillent à la mine. Puis de 1880 à 1926 la mine reste en sommeil. C'est à cette date que l'on construit à la côte 881, c'est?à?dire à 63 mètres au?dessous des anciennes galeries les plus basses, un tunnel de 358 mètres de long qui démarre de la rive gauche du ruisseau de Saury et atteint directement le banc principal. L'installation est complétée par un téléphérique qui part du carreau de la mine pour aboutir 250 mètres plus bas et 600 mètres plus loin, au hameau de Saury.
Pendant deux ans, 1500 tonnes furent exploitées et ce est une nouvelle période de sommeil. La mine devint alors propriété de la société des mines d' Entrevernes, filiale de la société des Forces du Fier.
Redémarrage en 1940
C'est en 1940 que cette histoire redémarre, par la force des choses (entendez la guerre).
En effet la lignite permettra aux industriels privés de mazout, d'alimenter leurs fours au gaz. Pendant l'hiver 40?41, particulièrement rigoureux, une partie de la Population annécienne privée de charbon trouva dans le lignite, dont la composition est proche du charbon, un aliment de substitution. La cadence de l'extraction alla de 100 à 120 tonnes par jour jusqu'en 1948, soit 30 000 tonnes par an. Cette année 1948 fut aussi celle où la mine cessa de fonctionner, n'étant économiquement plus rentable. Durant les dernières années elle avait rendu de bons et loyaux services à diverses usines à gaz du département et de plus loin (Chambéry, Grenoble, Lyon).
Une belle et riche histoire qui devait être remise en mémoire.